Avant-prope d'Exposition JI YIWEI chez écho art galerie
Au début de l’été 2013, j’ai rencontré Ji Yiwei et sa femme en Écosse à l’occasion d’une invitation d’un producteur de whisky qui souhaitait promouvoir sa distillerie en Chine. L’Écosse est une étendue sans fin de montagnes, de lacs, de paysages naturels, majestueux, empreints de tranquillité et de mystère, qui raisonnait avec la peinture de Ji Yiwei. Ce fut la première rencontre, un coup de cœur artistique au point d’espérer collectionner un jour une de ses œuvres.
De manière inattendue, dix ans plus tard, en Bretagne, autre terre magique, dans la « Cité des peintres » de Pont-Aven, s’ouvrait l’« écho art galerie », présentant Ji Yiwei comme notre premier artiste exposé.
Ji Yiwei est un artiste qui n’explique pas par les mots sa peinture ni ce qu’il veut exprimer à travers elle. En regardant ses tableaux, vous ressentirez une atmosphère énigmatique, une humeur douce parfois trompeuse, des agitations colorées, vous entendrez des rires, des musiques, vous capterez des pauses, des rêveries. Les toiles expriment dans et hors du langage pictural les réflexions et les émotions de l’artiste.
Loin des décors légendaires d’Écosse et de Bretagne, la vie de Ji Yiwei est bien différente dans le célèbre quartier artistique de Song Zhuang à l’extérieur de Pékin où il y vit et crée ses œuvres, étroitement liées à ses expériences personnelles. Il a grandi dans une ville intérieure du pays, à mi-chemin entre la culture traditionnelle et la culture occidentale qui faisait son entrée en Chine, apportant des changements extraordinaires. La richesse et le contraste dans ses peintures forment une expression unique, propre à l’artiste.
Vous y découvrirez le vocabulaire de la peinture à l’huile classique européenne, vous y verrez les formes et les couleurs des fresques de Masaccio, la fascination de Bosch pour les scènes mystiques, la lumière mystérieuse semblable à celle de Rembrandt. Vous pourrez y voir le genre de Balthus qui solidifie les scènes de vie vives en une poésie floue. L’imbrication de la nature et de la société humaine dans ses œuvres, et, plus incontournable encore, l’intersection entre l’imaginaire et la réalité, la force et la poésie, l’humour et la sincérité se jouent entre ses pinceaux.
Il peut y avoir de la curiosité et du doute, mais il n’est pas nécessaire de demander l’intention de l’artiste, il ne voit aucune objection à ce que le spectateur puisse « mal lire » ses œuvres. La clarté se mêle à l’ambiguïté, et le spectateur sera dans cet état ambigu pour comprendre. Après s’en être détourné, on a encore le vertige et on y repense. Comme dans un état amoureux. Lorsqu’on y revient, c’est toujours comme un premier amour. Les détails, la lumière, les coups de pinceaux sur la toile offrent sans cesse de nouvelles choses à découvrir, comme la création d’une intimité entre soi et la peinture.
La réponse au mystère n’est pas visible, elle s’éclaire dans le royaume de l’errance.
L'été 2022